Brexit plonge le marché immobilier national dans l’incertitude

218 millions de livres englouties en une année, c’est le verdict tombé pour Countrywide, mastodonte britannique de l’immobilier résidentiel. Le chiffre n’a rien d’anecdotique : il dépasse déjà les pertes de 207 millions enregistrées l’année précédente. Dans cette atmosphère plombée par le Brexit, le secteur tourne au ralenti, la confiance se délite, les résultats s’érodent à vue d’œil.

Les discussions autour du Brexit ne se limitent plus à des échanges théoriques ou aux subtilités juridiques du divorce européen. Elles pèsent, à chaque transaction. Countrywide n’hésite plus à mettre en cause l’incertitude ambiante qui paralyse le marché : les clients freinent des deux pieds, les projets restent en suspens, les perspectives s’obscurcissent. Le malaise traverse toute la filière, et cela ricoche aussi bien sur les agents chevronnés que sur les jeunes acquéreurs.

Pourtant, tout n’est pas figé. Une récente analyse de Halifax vient jeter une lumière différente : les prix des maisons, à la surprise générale, ont bondi de 5,9 % entre janvier et février. Un contraste saisissant par rapport à la morosité persistante chez les grands opérateurs. Certains marchés régionaux font de la résistance, preuve que l’immobilier britannique ne se laisse pas enfermer dans une tendance unique, ni par les statistiques, ni par les émotions collectives.

Derrière ces nuances, chaque acteur tente de naviguer à vue. Countrywide rassemble sous sa bannière les enseignes bien implantées comme Bairstow Eves, Bridgfords, Hamptons, John D Wood ou Mann. Présent partout, le groupe observe aux premières loges la frilosité qui gagne vendeurs comme acquéreurs. Après avoir tiré la sonnette d’alarme sur sa rentabilité dès 2018, il récolte aujourd’hui les fruits d’un climat anxiogène qui n’épargne personne.

Ce secteur, longtemps vu comme le carburant de l’économie de l’Angleterre, se heurte à une prudence généralisée. Les acheteurs attendent la prochaine échéance, les vendeurs ajustent leurs ambitions, chaque signature ressemble à un pari mesuré, et parfois à contretemps de la morosité globale.

Il suffit d’examiner les courbes : d’un côté, les prix grimpent dans certaines poches, de l’autre, les volumes s’essoufflent ailleurs. Les professionnels balancent entre petits signes d’optimisme et réalité brute du terrain. Les familles réfléchissent deux fois avant de se lancer, et chaque mouvement se fait sous le signe de la réserve.

L’immobilier britannique, longtemps considéré comme un refuge tranquille pour investisseurs et citoyens, doit désormais composer avec le désordre politique et les incertitudes prolongées. Difficile d’imaginer une issue simple. Les mois à venir risquent bien de ressembler à une partie de patience : entre attentes, revirements et, peut-être, le coup de théâtre qui redistribuera toutes les cartes du marché.

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